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La science derrière le design

Publié le 09.03.2026. Mis à jour le 09.03.2026.

Ce que la physique change vraiment

Par Maryam Fallah, étudiante en Industrial Design Engineering à la HE-ARC

Au cours d’un cursus en ingénierie de design industriel, il n’est pas rare de se sentir submergé·e par les heures passées en cours de physique, de mathématiques et de mécanique, à résoudre des problèmes qui semblent parfois très éloignés de la pratique du métier. 

Cette impression peut nourrir une question récurrente : dans la vie professionnelle, aurai-je vraiment besoin de calculer à nouveau que la somme des forces est égale à la masse multipliée par l’accélération ? Et plus profondément encore, ces exercices ont-ils une utilité réelle pour un·e futur·e designer ?

À première vue, nous pourrions croire que le design industriel se limite aux formes, aux usages et à l’esthétique. Pourtant, ce qui distingue véritablement cette discipline, c’est la diversité des situations auxquelles un·e designer est confronté·e. Les projets s’enchaînent mais se ressemblent rarement. Chacun implique des phénomènes physiques particuliers : la résistance des matériaux, la stabilité, la lumière, la chaleur, ou encore le son. 

C’est précisément cette variété qui rend indispensable une connaissance solide des bases scientifiques. Elles ne sont pas là pour être appliquées sous forme d’équations au quotidien, mais pour former un regard, une manière de comprendre le monde matériel et d’anticiper les conséquences physiques des choix de conception.

Avant d’entamer mes études, j’ai eu l’occasion de participer à plusieurs projets de design intérieur et de conception de mobilier. L’un d’eux m’a particulièrement marquée : l’aménagement d’un centre d’appels dans un espace ouvert accueillant vingt personnes travaillant en télésupport. À première vue, la tâche semblait relativement simple : concevoir des postes de travail ergonomiques, définir les dimensions des bureaux et organiser leur implantation dans l’espace. 

Cependant, en observant les lieux et en essayant d’imaginer la situation réelle, le véritable problème est apparu presque immédiatement. Le défi majeur n’était pas l’organisation du mobilier, mais la gestion du bruit. Vingt personnes parlant simultanément dans un volume partagé créent un environnement sonore extrêmement fatigant, qui altère la concentration et la qualité du travail.

Même si je n’ai pas poursuivi ce projet jusqu’à son terme, la question est restée en suspens : comment pouvons-nous contrôler le mouvement des ondes sonores dans une pièce ? Ce n’est que plus tard, en deuxième année d’études, que j’ai enfin trouvé une réponse précise grâce au cours de physique du son. 

Nous y avons étudié le comportement des ondes sonores, la manière dont elles se propagent, se réfléchissent sur les surfaces, interagissent entre elles et se transforment en fonction des matériaux qu’elles rencontrent. Comprendre ces phénomènes ne permet pas seulement d’expliquer ce qui se passe dans un espace : cela change profondément la façon de concevoir. Quand on comprend les principes physiques, le design d’un espace de travail n’est plus une simple opération de distribution de mobilier. 

Ainsi, même si un·e designer industriel ne résout presque jamais, dans sa pratique, une équation formelle de mécanique ou d’acoustique, la logique scientifique qu’il a acquise devient un outil essentiel. Elle lui permet d’aborder les problèmes avec précision, de comprendre des articles spécialisés ou des rapports techniques, d’intégrer rapidement de nouvelles technologies et de proposer des solutions cohérentes, fondées et efficaces. La science ne sert donc pas à faire des calculs quotidiens : elle sert à structurer la pensée et à éclairer les décisions.

C’est pourquoi les heures passées en cours de physique et de mathématiques, même lorsqu’elles semblent pénibles, jouent un rôle déterminant. Elles façonnent la manière dont un·e designer observe un problème, analyse une situation et évalue les conséquences d’un choix formel ou matériel. Dans un monde où les connaissances évoluent rapidement, seules les personnes qui comprennent les bases peuvent suivre les innovations, mettre à jour leurs compétences et transformer les avancées scientifiques en solutions concrètes.

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