Par Mylène Philipona, étudiante en architecture à la HEIA-FR et ambassadrice du domaine ingénierie et architecture
Avant de commencer mes études d’architecture, j’ai suivi une maturité gymnasiale en philosophie et psychologie et effectué plusieurs stages dans le domaine social. J’étais déjà attirée par les questions liées à l’humain, au bien-être et à la manière dont on peut accompagner les personnes dans leur quotidien. J’avais envie, d’une façon ou d’une autre, de pouvoir contribuer au bien-être des usagers et des usagères.
Puis est arrivé le COVID. Comme tout le monde, j’ai passé beaucoup de temps chez moi. Cette période m’a fait réaliser quelque chose : l’environnement dans lequel nous vivons influence notre état d’esprit. Se sentir bien chez soi ne dépend pas seulement de l’esthétique d’un espace. La lumière naturelle, la qualité de l’air, les proportions d’une pièce, les matériaux, les couleurs ou encore l’organisation des espaces jouent aussi un rôle important dans notre bien-être.
C’est à ce moment-là que j’ai compris que l’architecture pouvait relier mes deux centres d’intérêt : comprendre l’humain et imaginer des espaces. Je ne vois pas l’architecture uniquement comme un travail technique fait de normes, de plans et de détails constructifs. Bien sûr, ces aspects sont essentiels. Mais je suis aussi sensible à l’impact que les espaces peuvent avoir sur la vie des personnes.
Un exemple qui m’a particulièrement marquée est celui de De Hogeweyk, aux Pays-Bas. Il s’agit d’un lieu d’accueil pour des personnes atteintes de démence. Au lieu de créer un établissement médical classique, les architectes ont imaginé un environnement qui ressemble à un petit quartier. Les résidents vivent dans des maisons regroupées autour de rues, de places et d’espaces verts. Ils peuvent se déplacer librement dans cet environnement sécurisé, aller au café, faire des courses ou se promener. Pour des personnes souffrant de désorientation ou de troubles cognitifs, un environnement très institutionnel peut augmenter le stress et la confusion. À l’inverse, un lieu plus familier, simple à comprendre et à échelle humaine peut aider à réduire l’anxiété et à préserver un sentiment d’autonomie et de dignité.
L’architecture ne soigne évidemment pas une maladie. Elle ne remplace pas un accompagnement médical. Mais elle peut créer un cadre de vie plus apaisant et plus rassurant. En ce sens, l’espace peut contribuer à améliorer le quotidien des personnes.
C’est cette dimension qui m’intéresse particulièrement dans l’architecture : sa capacité à agir sur la qualité de vie. Concevoir un bâtiment ne consiste pas seulement à répondre à un programme ou à des contraintes techniques. C’est aussi imaginer des lieux dans lesquels des personnes vont vivre, travailler, se rencontrer ou parfois traverser des moments difficiles.
Il existe d’ailleurs un terme pour décrire cette approche qui relie architecture et bien-être : la neuro-architecture. Ce domaine étudie comment les espaces influencent notre cerveau, nos émotions et notre comportement. Je trouve ce sujet particulièrement intéressant, même s’il reste encore assez peu connu.
Sans prétendre résoudre tous les problèmes, l’architecture peut contribuer à créer des environnements plus confortables, plus humains et plus attentifs aux besoins des personnes qui les habitent. Et pour moi, c’est aussi cela qui donne du sens à ce métier.
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