Ingénieuse.chLa technique, un défi au féminin

Question 1: Orienter les filles vers les filières techniques ?

Moins de 7%* des étudiants des filières techniques en Suisse sont des femmes. Même si les chiffres augmentent au fil des années, l’ingénierie reste visiblement, encore aujourd’hui, en retard par rapport à d’autres branches.
Ces faits ont poussé notre ambassadrice Yosra à interviewer quelques étudiant-e-s en ingénierie sur la question : pourquoi toujours peu de femmes s’engagent-elles dans ce domaine ?

Encore de nos jours, les filles sont plus nombreuses dans les formations liées aux sciences humaines ou aux sciences sociales. Longtemps, on a pensé que les femmes n’étaient tout simplement « pas faites » pour les disciplines techniques ou scientifiques. Bien que ce ne soit pas vrai, ce stéréotype persiste à différents niveaux. En témoignant de son expérience personnelle, Gabriel, étudiant en ingénierie des médias, déclare : « Je pense que le manque d’intérêt des femmes pour la technique provient de l’éducation. A une fille, on offre des [poupées] Barbie et à un garçon des [poupées] Action Man. Je me souviens, à l’époque, quand j’étais en 5e année et que les professeurs devaient choisir entre VSO / VSG et VSB**, ma sœur jumelle et moi étions dans la même classe. On m’avait mis automatiquement en VSB et on souhaitait la mettre en VSG alors qu’elle avait de meilleures notes que moi. Mes parents ont dû insister. Aujourd’hui, ma sœur a presque son diplôme de Master en poche, et je suis encore en cursus de Bachelor… ».

En parlant avec les étudiants, nous avons l’impression que l’école devrait plus s’investir pour faire découvrir le monde des métiers techniques aux filles, mais aussi aux garçons. « Nous n’avons pas eu une vue globale sur toutes les orientations offertes possibles. Les filles qui n’ont jamais participé à des travaux assez techniques, n’auront pas l’idée de s’intéresser à ce domaine » déplore Ludovic, étudiant en ingénierie logicielle.

Denise, étudiante en informatique embarquée soulève un problème de fond pour l’informatique : « Nous n’avons pas connu l’informatique du point de vue scolaire avant de commencer l’école d’ingénierie. Je trouve ça dommage autant pour les filles que pour les garçons ».

Heureusement, certains parents tiennent à encourager leurs enfants à suivre leur voie, sans préjugés. Sadaf Jan, étudiante en génie civil, nous fait partager son rêve d’enfance qui se réalisera bientôt : « Tout a commencé quand mon père rentrait le soir du travail avec des plans techniques à la main. Je regardais les dessins avec fascination. Je me souviens de nos visites des chantiers ensemble, les week-ends. Il en profitait à chaque fois pour me montrer ce qu’il avait construit. Il m’a transmis cette passion qu'il tient lui-même de son propre père d’ailleurs. »

Le support de l’entourage est très important car les étudiantes se confrontent à un inconnu qui représente un grand défi. « Au tout départ, j’ai voulu découvrir ce domaine qui m’était totalement inconnu, et, comme je voulais devenir pédiatre à la base, je peux dire que l’ingénierie était pour moi tout sauf un rêve d’enfant. », explique ChaymaeJan, étudiante en ingénierie logicielle. Elle rajoute : « L’ingénierie est un domaine considéré masculin, et voulant défier l’étiquette, je me suis retrouvée entourée [par] la gent masculine de tous les côtés. »

De son coté, Denise explique comment elle a découvert son domaine : « Au départ, j’ai voulu être chimiste puis médecin. Mais j’ai cherché un milieu plus scientifique encore. Du coup, j’ai commencé l’EPFL, où j’ai découvert l’informatique. C’était la logique mathématique qui m’a attirée le plus, puis les systèmes logiques. C’est pour ça que je suis maintenant en informatique embarquée à la HEIG-VD. »

Enfin, Stéphanie, future ingénieure designer (HE-Arc), comme la plupart de filles qui ont le courage de faire un choix atypique qui leur correspond, résume sa première année d’études avec enthousiasme : « J’ai découvert que les efforts bien placés nous propulsent plus en avant, que l’entraide est un moteur, une force, et, qu’enrayées dans l’individualisme, les études sont une longue marche forcée. J’ai pu pousser plus loin le concept d’équipe, de travail en groupe et de partage. J’ai vu du bon, de l’excellent et du moins bon, mais surtout j’ai vu plus loin. Plus loin que ce que j’imaginais possible. J’ai pu palper l’immensité des mathématiques, le vaste champ des possibles qu’offre la science ! »

Yosra Harbaoui

*Source : OFS 2016 : Formation professionnelle initiale selon les domaines d'études et le sexe (diagramme)

** Ancien système scolaire vaudois:
Voie secondaire à options (VSO); voie secondaire générale (VSG); voie secondaire à baccalauréat (VSB)

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