Ingénieuse.chLa technique, un défi au féminin

Question 2: Mais où en sommes nous avec l'intégration des femmes en ingénierie?

Le déséquilibre flagrant entre femmes et hommes observé dans le domaine de l’ingénierie a encouragé les écoles d’ingénierie à trouver un moyen pour faire monter le nombre de femmes, surtout dans les branches purement techniques. L’Année Préparatoire Future Ingénieure (APFI) de la HEIG-VD est un exemple d’une initiative destinée à encourager les jeunes filles à choisir une filière technique. Que pensent les étudiantes et les étudiants de cette haute école, de ces initiatives et du statut minoritaire des femmes dans ce domaine en général ?

« Le programme APFI est une bonne opportunité pour permettre aux femmes d’oser se lancer dans ce domaine. Cela aidera à exposer une image plus attractive de la femme ingénieure », estime Thibaut, étudiant en réseaux et services. 

La société a beaucoup évolué ces dernières décennies. Cependant, trouver une femme dans un milieu d’hommes demeure-t-il étrange ?

 « Je ne pense pas qu’être ingénieur soit un métier d’homme, je pense juste qu’historiquement, c’est le cas. Ces dernières années, on y voit de plus en plus de femmes et c’est tant mieux » témoigne Gabriel.

Après l’obtention de son CFC, Nathalie, étudiante en informatique embarquée, a travaillé une année en entreprise. Elle a constaté que les ingénieurs hommes sont plus ouverts au sein de l’école que dans le milieu professionnel. « J’avais l’impression que je devais travailler beaucoup plus que mes collègues hommes pour m’imposer. Alors qu’à l’école, je ne trouve pas de différence entre les étudiants et les étudiantes que ce soit au niveau des travaux réalisés ou du comportement des professeurs », souligne-t-elle. 

Du même avis que Nathalie, Yusef, étudiant en génie civil, rajoute : « En choisissant un groupe de travail, je m’intéresse plutôt aux compétences des autres plutôt qu’à leur genre. Bien réussir un projet dépend de l’effort et de l’intérêt de chaque membre du groupe. Etre une femme ou un homme ingénieur-e ne définit jamais la qualité du travail. »

Ludovic ne voit pas, lui non plus, la différence entre une femme et un homme dans ce domaine. En travaillant avec ses collègues féminines dans le cadre des laboratoires ou des projets, il a remarqué que les résultats étaient similaires ou même mieux parfois avec plus de femmes au sein du groupe. « Je trouve que le domaine d’ingénierie appartient aux personnes passionnées, indépendamment de leur genre. » 

Quant à Denise, elle sent parfois une inégalité de comportement. « Il y a des collègues qui ne me mettent pas à leur niveau, quelques fois, ils ne m’écoutent pas, ou ils n’ont pas confiance en mes connaissances. Mais cela n’empêche pas que beaucoup proposent plus d’aide à nous, les femmes, qu’à leurs collègues hommes. De plus, je trouve que les professeurs accordent plus d’attention aux femmes pour les encourager », témoigne-t-elle.

Chaymae Jan confirme ce sentiment : « J’ai l’impression que les professeurs ont même plus tendance à encourager davantage les étudiantes à mieux s’intégrer et aller de l’avant. » 

Pour une société aussi évoluée et ouverte, le nombre de femmes dans les professions techniques ne devrait pas cesser d’augmenter, comme le démontre la tendance actuelle d’ailleurs.

 Nathalie pense que les années à venir auront un impact décisif sur l’évolution des femmes ingénieures dans le domaine technique : « J’ai bon espoir que notre génération et les générations qui suivront changeront ces stéréotypes. De nos jours, il y’a de plus en plus de femmes dans ce domaine, et les jeunes sont encore plus ouverts. » En partageant son expérience professionnelle, elle raconte :« Quand j’étais mise à l’épreuve, c’étaient souvent par des personnes plus âgées qui n’avaient pas la même vision que nous ou qui n’ont pas l’habitude de travailler avec des jeunes, et encore moins quand il s’agissait de femmes. » 

Nous sommes tous sous l’influence de certains stéréotypes. Il est d’ailleurs impossible d’avoir une vision totalement objective. Mais tâchons de bien en prendre conscience et de leur céder de moins en moins de place, pour évoluer vers monde dans lequel la différence devient source d’enrichissement !

Yosra Harbaoui

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