Qu’est-ce que la reconnaissance professionnelle et comment la manifester de façon égalitaire ? | HES⁠-⁠SO Haute école spécialisée de Suisse occidentale
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Qu’est-ce que la reconnaissance professionnelle et comment la manifester de façon égalitaire ?

Recommandations :
Il est recommandé d’analyser le bien-être au travail des collaboratrices et collaborateurs en tenant compte des différentes facettes de ce bien-être, c’est-à-dire en comprenant les différents éléments qui construisent la reconnaissance professionnelle. Comprendre le bien-être ou le mal-être d’une personne ou d’une équipe implique de distinguer la reconnaissance émotionnelle (qui fonde la confiance en soi par l’intégrité physique et psychique de l’individu), statutaire (qui fonde la dignité et le respect de la personne en équilibrant les droits et les devoirs) ou culturelle (qui fonde l’estime de soi et de son travail pour la collectivité à laquelle on appartient). Ces trois dimensions se retrouvent dans tout processus de travail vu par le groupe : les qualités personnelles, les compétences et l’implication personnelle au travail, et les résultats concrets fournis sont ce qui est « visible » pour l’observateur. L’égalité se comprend donc ici sur les trois plans de l’intégrité, du juridique, et du solidaire.

Exemple :
Un environnement de travail qui offrirait d’excellentes conditions statutaires (excellent salaire, flexibilité horaire…) ainsi qu’une grande inclusion au groupe (vie d’entreprise riche en contacts humains et en gratification personnelle) mais qui faillirait à garantir que ne se manifeste aucun harcèlement, mettrait donc en péril tout le travail de reconnaissance accompli sur les deux autres plans.
De même, disposer d’un excellent dispositif de prévention du harcèlement ou des accidents au travail constitue une base essentielle de la reconnaissance, mais risque fort de ne pas porter tous ses fruits si une catégorie du personnel est par ailleurs moins bien payée ou moins bien lotie au niveau des horaires de travail que certaines autres personnes au sein de l’institution.
De même, une ambiance de travail sûre, sympathique et familiale, ainsi que de conditions statutaires harmonisées, ne pourront seules pas non plus équilibrer la reconnaissance professionnelle d’une personne qui se sent en manque de respect car ses contributions au groupe sont systématiquement ignorées en raison de son appartenance à un groupe (religieux, ethnique, identité sexuelle…), ou si on lui confie des tâches absurdes ou sans utilité (mise au placard).

Comprendre 1 :
Le manque de reconnaissance de chaque sorte cause des dommages à l’individu.

  • Ainsi, une personne à qui on refuse la reconnaissance émotionnelle se retrouve de fait dans une situation d’atteinte à son intégrité (harcèlement moral ou physique).
  • Le manque de reconnaissance statutaire provoque des conflits dont l’objectif est de rétablir l’équilibre entre les devoirs (tâches fournies) et les droits (conditions concrètes de valorisation du travail) – typiquement des conflits autour du salaire égal, du temps de travail égal, ou de toute autre valorisation statutaire.
  • Le manque de reconnaissance culturelle, enfin, se manifeste dans le manque de considération donné au travail d’un individu de la part du groupe – il s’agit de stigmatisation, de doubles discours, qui vont typiquement défendre l’idée de l’individu ne mérite pas son succès, ou n’a réussi que par chance ou par aide d’autres personnes etc. Cela a pour effet d’endommager l’estime de soi et d’avoir un impact négatif sur le travail lui-même ainsi que, souvent, sur la santé de la personne stigmatisée.

Ces trois types de reconnaissance s’influencent bien sûr mutuellement : il est difficile pour quelqu’un en manque de reconnaissance statutaire (donc en situation d’inégalité formelle) ne pas également se sentir moins reconnu au niveau émotionnel ou culturel (avoir l’impression d’être moins considéré, visé personnellement, ou rejeté par le groupe). Pour autant, il s’agit de bien comprendre la cause d’un éventuel malaise au travail, car agir sur le mauvais type de reconnaissance ne peut résoudre la situation. (Il est à noter qu’il s’agit toujours de reconnaissance en ce qu’elle peut s’observer « objectivement » dans la structure, et pas du ressenti pur et proprement dit de chaque individu.)
Dans le cas des problèmes liés à l’égalité des chances, les rapports homme-femme sont le lieu de manques de reconnaissance typiques envers les femmes : préjugés sur leurs compétences réelles dans certains domaines, commentaires sur leur apparence ou leur statut familial, différences de traitement salarial ou horaire… Un travail de réflexion est donc nécessaire afin de dégager les éléments qui peuvent finir par instaurer une situation de manque de reconnaissance structurelle et pas simplement lié aux individus pris isolément.
Il en va de même pour les personnes en situation de handicap, les personnes issues d’autres cultures, ou affirmant une identité sexuelle ou de genre « marginale » : leur offre-t-on les conditions d’une reconnaissance émotionnelle (sont-ils et elles protégés des atteintes à leur intégrité) ? Observe-t-on des différences statutaires entre elles et les personnes « dans la norme » ? La culture de l’institution est-elle inclusive et donne-t-elle la possibilité à toutes et tous ses membres d’être une part véritable du collectif ?
On peut ainsi considérer offrir de la reconnaissance professionnelle de façon « complète » lorsque ces trois aspects de la reconnaissance, communs à toutes et à tous, ont été pris en compte dans la stratégie de bien-être au travail au sein de l’institution.
Enfin, toute reconnaissance est par définition réciproque, et le travail sur la reconnaissance professionnelle se fait dans la perspective d’une harmonie pour les deux parties – ainsi le discours sur la reconnaissance professionnelle n’entend en aucun cas cautionner des privilèges indus qui seraient attribués à des individus réclamant sans raison valable un surcroît de reconnaissance.


1. Cette présentation de la reconnaissance se base sur les idées d’Axel Honneth et de sa théorie de la reconnaissance.

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