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Musicothérapie: bénéfices induits par la pratique musicale chez les personnes âgées en Allemagne et en Suisse

La musique ne fait pas qu’adoucir les mœurs, elle peut aussi soigner le déclin de la cognition voire même retarder ou diminuer la manifestation de la maladie d’Alzheimer. Professeure à la Haute école de santé Genève, Clara James dirige le volet suisse d’un projet de recherche germano-suisse, soutenu par le FNS et son équivalent allemand, portant sur la pratique musicale comme outil pour contrecarrer le déclin cognitif et cérébral avec l’âge.

—    Depuis quand vous intéressez-vous à l'association de la musique et de la mémoire?
—    Je m’intéresse plus largement au transfert lointain – far transfer – de la pratique musicale vers d’autres domaines cognitifs et ceci depuis le début de ma carrière de chercheuse, voire avant, quand j’étais encore musicienne professionnelle. Dans un langage plus commun, j’examine comment faire de la musique nous rend plus «intelligent».
—    Qu’entendez-vous exactement par «faire de la musique» ?
—    La «musique» est un terme générique qui comprend écouter, écrire, composer, jouer d'un instrument, chanter, lire une partition, etc. Mais c’est faire de la musique, c’est la pratique musicale – avec un instrument ou en chantant – qui exerce la plus forte influence sur le cerveau, parce qu’elle active des réseaux largement distribués dans le cerveau, c’est-à-dire beaucoup d’aires différentes, qui communiquent entre elles. Ces aires et réseaux se chevauchent avec ceux du langage, de la mémoire de travail, de l’attention, des fonctions exécutives, etc. En conséquence, pratiquer la musique peut apporter des avantages dans tous ces domaines. Dans plusieurs de mes études sur les jeunes adultes, j’ai pu mettre en évidence ces avantages de la pratique musicale, notamment pour la mémoire de travail, mais aussi pour le raisonnement et la pensée logique.
—    Ecouter de la musique n’a donc pas d’influence sur la mémoire?
—    L’écoute seule a déjà une influence positive, à moindre degré, mais provoque plutôt des apprentissages dits implicites.
—    Quel est le but de votre recherche?
—    Maintenant que j’ai pu mettre en évidence chez le jeune adulte, en comparant des personnes avec différents degrés d’intensité d’entraînement – et d’expertise –, que l’entraînement impacte progressivement la cognition, ainsi que la structure et le fonctionnement du cerveau – la plasticité cérébrale –, j’aimerais utiliser ces données en recherche appliquée pour utiliser l’entraînement musical comme outil pour contrecarrer le déclin cognitif et cérébral avec l’âge.
—    Sur quel corpus vous appuyez-vous?
—    A part mes propres études, je me suis inspirée d’un large corpus de littérature mettant en évidence les avantages d’interventions complexes – danser, faire de la musique, jouer à des jeux vidéo d’action, jongler, etc. – sur le cerveau et le comportement, spécifiquement chez la personne âgée. Ces interventions sont très riches pour stimuler le corps et l'esprit, parce que leur complexité permet une grande variabilité, mais aussi de viser progressivement un niveau d'exigence de plus en plus haut. Donc, l'apprentissage ne s'arrête jamais. Ceci n’a jamais été fait de façon exhaustive, c’est-à-dire en investiguant un large éventail de compétences cognitives et sensorimotrices, combiné avec de la neuro-imagerie multimodale de pointe au sein d’une étude longitudinale – en fonction du temps.
—    Comment allez-vous procéder?
—    Eh bien, nous allons entraîner des personnes retraitées de 64 à 76 ans, en bonne santé, durant douze mois sur un piano ou en réalité un clavier électronique. Les cours seront dispensés par des professionnels. Un autre groupe recevra des cours de musique théorique avec la même organisation dans le temps. Afin d’attirer un large public, des styles différents seront intégrés –  classique, jazz, populaire, etc. A trois moments, nous allons prendre des mesures psychométriques et de neuroimagerie de différente nature. Nous allons notamment imager le fonctionnement, mais aussi la structure du cerveau. Les mesures seront prises à zéro, douze et dix-huit mois. La dernière donc six mois après la fin de l’entraînement, pour évaluer l’effet à plus long terme. 

 

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