Ingénieuse.chLa technique, un défi au féminin

Faire ce que l’on aime peut devenir un acte militant !

Endurance physique et détermination mentale sont des qualités féminines qu'il ne faut jamais sous-estimer. Notre ambassadrice Stéphanie nous rappelle l'incroyable histoire de la marathonienne Katherine Switzer.

Kathrine Switzer est une étudiante américaine de 20 ans. Elle étudie le journalisme à l’université de Syracuse à New York et, sans vraiment s’en rendre compte, elle va changer la donne. C’est le 19 avril 1967 au marathon de Boston. Kathrine s’y est inscrite avec ses initiales : « K.V. Switzer ». Personne ne peut donc savoir qu’il s’agit d’une femme. Car à l’époque, aussi impensable que cela puisse paraître aujourd’hui, courir un marathon était une activité réservée exclusivement à la gent masculine. Une croyance de l’époque soutenait même que l’utérus d’une femme pouvait « tomber » si elle courait une distance trop importante. Mais Kathrine aime la course et est habituée à dépasser la distance du marathon lors de ses entraînements. Cela lui permet de convaincre son entraîneur Arnie Briggs de prendre le départ à ses côtés. Son numéro, le 261, fermement maintenu contre son sweatshirt, Kathrine est prête. Elle a les cheveux lâchés et porte du rouge à lèvres : elle ne se cache pas d’être une femme. Certains marathoniens l’encouragent sur le départ. Après quelques kilomètres de course, ça dérape. Remarquée par des journalistes, ces derniers donnent l’alerte et c’est alors les organisateurs qui interviennent :

« Instinctivement, j’ai tourné la tête et je me suis retrouvée nez-à-nez avec le visage le plus vicieux que je n’ai jamais vu. Un homme grand, énorme, édenté, était résolu à bondir, et avant que je puisse réagir, il a attrapé mon épaule et m’a tirée en arrière, criant : "dégage de ma course et rends-moi ce numéro" », écrit Kathrine Switzer sur son site*.

Il s’agit de l’un des organisateurs officiels de la course, Jock Semple, qui tente le tout pour le tout après que son acolyte Will Cloney n’a, lui non plus, pas réussi à arrêter la jeune femme déterminée. Son entraîneur et son compagnon, courant à ses côtés, prennent sa défense et les perturbateurs sont maîtrisés. En pleine course elle dit à son entraîneur : « Je dois finir ce marathon, même si c’est sur les genoux ! Parce que si je ne finis pas, personne ne croira que les femmes peuvent le faire ! »

Kathrine finit le marathon en 4 heures et 20 minutes. Mais elle est disqualifiée sans ménagement parce que les femmes n’ont pas le droit de participer, même si le règlement ne le stipule pas. Peu importe. L’impact est énorme. Le lendemain elle fait la couverture des journaux dans le monde entier : « Je n’imaginais pas que j’allais faire partie de l’histoire », raconte-t-elle au magazine Elle. Après le marathon, les choses se dégradent pour les femmes : elles ont officiellement l’interdiction de concourir ! Mais Kathrine n’a pas dit son dernier mot : « je me suis radicalisée » **, se souvient-elle. Elle secoue les officiels jusqu’à obtenir ce qu’elle veut et, à force de ténacité, le marathon de Boston devient accessible aux femmes 5 ans plus tard, soit en 1972.

Kathrine Switzer continue d’œuvrer pour l’égalité, et continue de courir des marathons. « J’ai compris qu’il ne fallait pas enfoncer des portes, mais contourner les obstacles ». En 2011, elle est inscrite au National Women’s Hall of Fame, pour son engagement sportif.

S. Jacot

*http://kathrineswitzer.com

** Interview sur leparisien.fr

 

Contact