Ingénieuse.chLa technique, un défi au féminin

Du Bénin à la Suisse pour devenir ingénieure !

Il y en a qui ne comptent pas les kilomètres et les efforts pour amasser la connaissance ! Nuna en fait partie. Elle a débarqué à la HE-Arc de Neuchâtel en 2015, telle une tornade. A l'époque, elle venait de finir son année préparatoire Future Ingénieure à Yverdon. Une année durant laquelle elle a pu s'immerger, avec une dizaine d'autres filles, dans les métiers techniques.

Le parcours atypique de Nuna, commence plus tôt, avec l'arrivée de ses parents, tous deux béninois, en Suisse. Ces derniers viennent y étudier, chacun dans leur domaines respectifs – son père en ingénierie et sa mère en couture – et s'y rencontre par hasard. Coup de foudre immédiat. Une fois leurs diplômes en poches, ils retournent au Bénin, leur contrée d'origine et fondent une famille. C'est là-bas que naît Nuna.

Faire un choix de carrière, un parcours du combattant

Son père a des plans de carrière bien précis pour ses enfants : son fils sera ingénieur. Il veut une fille en économie et une autre dans un domaine artistique. C'était sans compter sur Nuna qui développe très tôt une attirance pour le médical. La petite sera chirurgienne ! Mais la série Urgence achève son rêve : « J'ai compris qu'on ne pouvait pas sauver tout le monde, et l'idée de perdre un patient m'a fait changer d'avis. » C'est alors qu'ont commencé les doutes : « Je n'avais pas des notes extraordinaires en sciences, mes parents ont dû payer des profs privés pour que je m'améliore. »

Après le lycée, elle fait une année en télécommunication, et décide de devenir architecte. Avant de changer à nouveau d'avis : sa sœur aînée vient en effet de poser ses valises à Lausanne, où elle suit des études d'ingénieur en informatique, ce qui donne des idées d'évasion à la cadette de la famille. Elle dépose donc une demande de visa pour la Suisse bien que sa mère, un brin fusionnelle, rechigne car elle la trouve encore trop jeune. Pour prouver à ses parents qu'elle peut prendre soin d'elle et être indépendante, elle s'occupera des repas de toute la famille pendant les 8 derniers mois d'études qui lui restent au Bénin. Impressionnée par sa volonté, ses parents la laisse partir, malgré ses 17 petites années et son statut de benjamine.

5'700 km plus au nord

Elle quitte donc Cotonou – capitale économique du Bénin – et sa magnifique villa au bord de l'océan pour un 31m2 au centre de Lausanne où vit déjà sa sœur aînée. Le choc est rude ! Adieu palmiers, brise marine et insouciance économique : « Les prix ici m'ont surprise et j'ai vite réalisé, à mes dépends, que je devais mieux contrôler mes achats, surtout sur Zalando *rires*. » Mais Nuna s'adapte vite au climat suisse : « En une semaine, c'était bon ! ». Elle entreprend donc son année préparatoire à Yverdon à bras le corps, avec une énergie débordante. Cette année Future ingénieure lui laisse le temps nécessaire pour prendre une décision – et pas des moindres – concernant son futur métier.

Les stages s'enchaînent dans divers domaines et écoles jusqu'à ce qu'elle se décide pour la HE-Arc de Neuchâtel et sa filière d'ingénieur en conception ergonomique, n'en déplaise à son père – qui se fera une raison d’avoir deux filles ingénieures. C'est le côté pratique de la formation qui l'a séduite : « La théorie, ça va une demi-heure, mais après j'aime bien pouvoir mettre en pratique ce que j'ai appris. Les hautes écoles offrent cette possibilité ! ».

 Actuellement en plein travail de Bachelor avec son mandant, Logitec, Nuna pose un regard mitigé sur son intégration pendant ses 4 ans de formation : « C'était parfois un peu difficile de se sentir intégrée. Dans ma classe, les étrangers étaient souvent un peu à l'écart. C'était dommage. » Seul regret sur un beau parcours dont elle prend la mesure : « Cette formation à la HE-Arc, c'était vraiment enrichissant ! On nous a appris à concevoir des produits centrés sur l'utilisateur et ses besoins : c'est un gage de réussite en termes de conception ! ». Pendant ces années en Suisse, elle ne se contente pas de survoler les sciences comme un simple devoir scolaire ou une corvée, mais met à disposition ses connaissances aux élèves en difficultés scolaires lors de séances de soutien privées : « J’ai eu la chance d'avoir des profs à domicile et je sais à quel point cela peut faire la différence. C'est important que chacun ait les mêmes chances ! ».

S'arrêter là ? Hors de question ! Nuna zappera son voyage au Bénin cet été et commencera sa première année en Master. En ce qui concerne la suite, elle mentionne timidement le médical. Avec sa formation très large, elle peut sans autre se diriger dans ce domaine-là et sauver, peut-être, des vies avec ses idées ingénieuses et son savoir-faire technique, malgré les mauvais souvenirs laissés par Urgence.

Stéphanie Jacot

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