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«Le défi auquel la 4e révolution industrielle nous confronte, c’est d’apprendre mieux que la machine»

La Haute école de gestion de Genève organise jeudi 23 mars 2017 le symposium «Mon collègue est une machine». Instigateur de la manifestation et responsable de la recherche à la HEG-GE, Philippe Dugerdil évoque la 4e révolution industrielle, son impact sur le travail de demain et les besoins en formation.

- En quoi la 4e révolution industrielle va-t-elle davantage toucher l’emploi que la révolution industrielle du XIXe siècle?
- La 1re révolution était celle de la machine à vapeur, puis est venue celle de l’électricité et finalement celle de l’informatique. La 4e révolution industrielle est celle de la robotique et de l’intelligence artificielle, en particulier de la technologie des réseaux de neurones. Par exemple, des robots flexibles, tel que YuMI d’ABB, sont désormais capables de s’insérer dans une chaîne de production en collaborant avec les humains. L’ère de collaboration avec la machine ne fait que commencer. Toute révolution fait disparaître des anciens emplois, mais s’accompagne parallèlement de la création de nouveaux services. La nouveauté aujourd’hui, c’est que la machine est capable d’apprendre. Ainsi, les nouveaux métiers créés autour de la machine pourraient à terme être appris par la machine. Le défi auquel la 4e révolution industrielle nous confronte, c’est d’apprendre mieux que la machine. Si une machine est capable de se former à une tâche plus vite qu’une personne, alors il n’y a plus lieu de former cette dernière.


- Quel avenir réserve la 4e révolution industrielle au travail humain ?
- La solution consiste tout d’abord à développer des services spécifiques. Il s’agit d’ajouter de la valeur fondamentalement humaine au travail, comme par exemple l’empathie et l’émotion. Ce dont les machines ne sont pas capables. Prenez un helpdesk dont l’interface (le moyen par lequel on s’adresse à lui) est aujourd’hui largement informatisée. On vous demande d’appuyer sur des touches pour vous diriger vers le bon service et là, c’est un employé qui résout votre problème. Ce qui coûte vraiment aujourd’hui, c’est l’expertise. Que se passerait-il si cette expertise pouvait être mise à disposition à faible coût grâce à l’intelligence artificielle? Peut-être que l’interlocuteur redeviendra humain pour apporter de la valeur ajoutée. En résumé, le travail répétitif dans un environnement stable est condamné à être automatisé comme l’ont prédit de nombreuses études de McKinsey, Forrester ou encore le WEF.


- L’humain devra-t-il se contenter de ce que la machine veut bien lui laisser ?
- L’avenir n’est pas complètement sombre. En effet, l’apprentissage par la machine demande de disposer de masses de données importantes. Ce qui va se passer, pour le travail humain, c’est l’émergence d’un microcosme de services très ciblés qui ne généreront pas assez de données pour que la machine puisse apprendre. Il y aura ainsi probablement une polarisation de la production. D’une côté la production industrielle automatisée, sans grande intervention humaine, de l’autre des services à la personne très ciblés. C’est dans ce dernier domaine que les gens vont trouver de nouveaux emplois. En effet, la compréhension des besoins latents des clients, être capable de se mettre à leur place pour offrir un service à valeur ajoutée, c’est pour l’instant encore hors de portée de la machine. L’homme aura donc dans ce domaine un coup d’avance.


- Comment la formation peut-elle s’adapter à cette évolution?
- La 4e révolution industrielle va s’accompagner d’une accélération générale du business : la création de nouveaux produits et services, les emplois associés et la formation requise. En tant qu’individu, il faudra donc avoir les moyens de réagir très rapidement et de s’adapter aux nouveaux jobs. Dans le domaine de la formation, les HES devront probablement développer massivement la formation continue. Actuellement, nous connaissons la formation de base (Bachelor et Master) qui occupe la majorité des ressources et la formation continue.  A l’avenir, il est probable que la formation devienne un processus permanent. Le diplôme acquis resterait ainsi valable pour autant que le professionnel poursuive sa formation de façon très régulière. Mais une telle vision demande de repenser l’organisation tant au niveau de l’organisation des entreprises qu’au niveau académique. Les professeurs devront notamment renouveler leur enseignement beaucoup plus fréquemment qu’actuellement et réagir rapidement aux mutations du marché. Mais ceci aura un coût. Serons-nous capables de l’assumer ? 

> Inscriptions et programme complet 

Publié le 15.03.2017
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