Ingénieuse.chLa technique, un défi au féminin

L’égalité des chances dans la formation : la Suisse sous la loupe des Nations Unies

Notre ambassadrice Stéphanie a participé en début novembre 2016 à une séance de l’ONU sur la Convention sur l'élimination de toutes formes de discrimination à l'égard des femmes. Dans son compte-rendu, elle met en évidence une problématique très actuelle : l’égalité des chances est reconnue universellement comme droit dans les différents domaines de la vie sociale et économique, mais sa réalisation reste encore laborieuse en Suisse.

Dans la salle XVI des Nations Unies, nous comptons les hommes sur les doigts d'une main. Et pour cause, ce 2 novembre, la Suisse passe sur le gril. Il ne s'agit pas du secret bancaire, ni d'une nouvelle mission de paix, mais bien de la mise en œuvre de la Convention sur l'élimination de toutes formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDEF).

Le CEDEF est en quelque sorte l’observateur des droits des femmes dans les pays. Suite à l’adoption de la Convention pour l’élimination de la discrimination envers les femmes par la Suisse, en 1997, notre gouvernement est examiné périodiquement par 23 expertes internationales. Face à elles, la Suisse déploie une grande délégation de tous les départements. C'est une Romande, la Vaudoise Sylvie Durrer, directrice du Bureau fédéral de l'égalité, qui donne le cap de ce navire helvétique de 22 personnes.

Les questions des expertes fusent. Quid des quotas en politique ? De la lutte contre le trafic d'êtres humains ? De la violence domestique ? De l'égalité des salaires, les femmes en Suisse gagnant en moyenne 19% de moins que leurs homologues masculins ? A tour de rôles, les représentants et représentantes de la Suisse expliquent les efforts mis en place par Berne pour y remédier, glissant parfois vers la plus commode langue de bois sur les sujets les plus épineux.

Au niveau de la présence féminine dans les métiers techniques ou MINT (maths, technique et ingénierie), le Secrétariat à la recherche et à l’innovation prend l'ampleur de la situation : « La présence de stéréotypes liés au genre lors du choix de la formation est forte ».  Pour orienter les jeunes filles vers les métiers MINT, le gouvernement a lancé des programmes de sensibilisation, en commençant dès la crèche ! Il existe aussi un réseau de formation des enseignants pour promouvoir les études MINT, ainsi qu'un programme à succès - "futur en tous genres" - pour atteindre les écolières. Dans les HES, un programme fédéral de promotion de l'égalité des chances est actuellement mis en place et sera évalué en mars 2017. 

L'importance d'une formation ouverte à tous et toutes, sans stéréotypes du genre, est primordiale pour la construction d'une société plus égalitaire. Nous avons contacté Sylvie Durrer, qui nous a présenté l’enjeu : "Il faut que chaque femme, chaque homme puisse choisir sa profession d’abord et avant tout en fonction de ses compétences et de ses intérêts. Trop de personnes ont de fausses idées sur les métiers et n’osent pas sortir des chemins habituels. (...) Il s’agit d’oser tous les métiers. Il s’agit aussi que le monde professionnel fasse savoir largement aux jeunes que les métiers n’ont pas de sexe."  

Quel message le conseil fédéral a-t-il pour celles qui ont choisi les métiers MINT ? Sylvie Durrer: "Bravo donc à toutes les personnes qui prennent leur propre chemin, sans se laisser limiter par les stéréotypes de genre. Les entreprises et la société en général ont tout à gagner de la mixité et de l’égalité. Pour les jeunes, la liberté de choix est un formidable cadeau." 

Dans la salle de l'ONU, quand les micros se taisent, le constat demeure : la Suisse a fait de réels progrès dans certains domaines - plutôt judiciaires - mais les discriminations structurelles et les stéréotypes demeurent. C'est notre tâche à tous et toutes de faire évoluer notre société vers plus d'égalité - une simple question de justice. En quittant l'ONU, nous garderons en mémoire cette phrase de Sylvie Durrer durant l'audition : "Pour paraphraser une ancienne conseillère fédérale, sachez qu'en Suisse, tout paraît impossible avant de devenir évident."

Stéphanie Jacot, HE-Arc

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