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Inégalités salariales H/F en 2014

Interview de Mathias Rossi, Professeur à la HEG de Fribourg

Mathias Rossi, quelle est la situation en Suisse sur la plan de l’égalité hommes-femmes, particulièrement en ce qui concerne la question des salaires ?

Je vous répondrais en trois points. Le premier point, c’est que l’inégalité salariale se chiffre : ainsi, pour l’OFS, la différence salariale atteint 23.6% de salaire en moins pour les femmes dans le secteur privé. Cette différence varie considérablement selon la branche d’activité. Dans la finance et l’assurance par exemple, domaine ou nos diplômées sont susceptibles de travailler, à profil égal, elles gagnent 1397 CHF de moins que leurs homologues masculins. Le deuxième point, c’est l’évolution. L’écart salarial entre hommes et femmes ne se réduit que très lentement. Sur les 15 dernières années, dans le secteur privé, si les salaires moyens ont effectivement évolué, l’écart entre hommes et femmes et resté le même. Enfin, la Suisse peut, à juste titre être fière des bonnes conditions de travail qu’elle offre à ses salariés. Cependant, en comparaison européenne, nous sommes plutôt mal placés en ce qui concerne les différences de salaire, en 21e position sur les 29 pays considérés.


Comment expliquer cette situation ?

Il y a bien sûr plusieurs éléments à prendre en considération. Ainsi, les femmes ont moins accès que les hommes à la formation continue par exemple, ou on considère encore souvent qu’elles sont moins aptes à occuper des postes de direction. Comme préjugé, on peut encore mentionner l’idée que le salaire des femmes constitue surtout un salaire d’appoint (elles sont d’ailleurs plus nombreuses que les hommes à occuper un travail à temps partiel). De ce point de vue, on pourrait d’ailleurs émettre l’hypothèse que les femmes sont moins pugnaces lorsqu’il s’agit de négocier leur salaire, qu’elles accordent plus d’importance à d’autres éléments, comme la flexibilité des horaires, la proximité du domicile, …


Que peut-on faire alors pour remédier à cette situation ? Quels conseils donneriez-vous à nos diplômées ?
Eh bien,  de considérer que cet élément (le salaire) est important, qu’il mérite une préparation, au même titre que d’autres aspects qui seront discutés durant le processus de recrutement. A ce propos, un élément qui a été mis en évidence lors de notre débat, c’est l’extrême opacité qui règne autour de cette question. Il est visiblement encore malaisé pour nos étudiantes de se faire une idée sur les salaires usuels en vigueur, par exemple. Il existe cependant quelques pistes, comme des calculateurs de salaires, mis à disposition en ligne.


Finalement, demander aux femmes de négocier leur salaire plus durement que leurs homologues masculins, puisqu’on ne leur propose souvent pas systématiquement un salaire égal à celui d’un homme, n’est-ce pas leur faire porter la responsabilité de cet état de fait ?

Il est évident que cette situation n’est pas satisfaisante, que je souhaiterais que cette inégalité salariale n’existe pas entre hommes et femmes ; mais c’est une réponse possible à un état de fait. Si on veut que la situation change, il y a des éléments qui touchent à l’entreprise, et d’autres ou c’est aux personnes d’agir.

Publié le 27.01.2015
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