Boîte à outils genreEt si j’intégrais la perspective genre dans mon domaine?

Trucs et astucesGlossaire des concepts

Glossaire des concepts

Androcentrisme
Un mode de pensée, exprimée par des hommes ou des femmes, qui se résume à envisager le monde à partir de l’expérience des hommes uniquement et qui rend par conséquent invisible celle des femmes.
Care

Le mot désigne le métier de service à la personne, un métier qui connait un fort développement et qui est très féminisé. Selon Marianne Modak, l’analyse du care ne peut pas se faire sans prendre en compte la division sexuelle du travail. Il consiste en («… la responsabilité, accompagnée de sollicitude, dont se charge un·e professionnel·le face à une usagère, un usager, et qui exprime son engagement à la fois matériel, mental et émotionnel à répondre aux besoins de cette dernière ou de ce dernier…c’est une pratique d’autant plus invisible qu’elle ne se limite pas à des gestes et que les émotions qui la structurent passent pour des qualités naturelles.» (Modak et al., 2007:105)


Molinier, Pascale. 2004. "La haine et l’amour, boîte noire du féminisme ? Une critique de l’éthique du dévouement." Nouvelles questions féministes. Famille –Travail : une perspective radicale. Vol. 23, nº3.
Modak, Marianne, de Kinkelin, Carol et Benelli, Natalie. 2007. "La reconnaissance du travail de care dans le travail social." In Rosende Magdalena et Benelli Nathalie (Eds). Laboratoires du Travail. Lausanne : Antipode.
Benelli Natalie, Modak Marianne. 2010. « Analyser un objet invisible : le travail de care. ». Revue française de sociologie 1/2010 (Vol. 51), p. 39-60.

Conciliation travail et vie familiale

Ce champ englobe les politiques sociale pour offrir aux familles des aides et des services essentiellement pour la prise en charge extra-scolaire des enfants afin de permettre aux parents, particulièrement aux femmes, de poursuivre leur carrière professionnelle. La conciliation famille-travail s’inscrit dans l’objectif de promouvoir une égalité entre les hommes et les femmes.

Bureau de l'égalité entre les hommes et les femmes (BEFH)

Domination masculine

En parlant de femmes et d'hommes, nous désignons des groupes sociaux et une organisation sociale qui détermine les liens entre eux et leur statut social. Ces rapports de pouvoir créent ainsi la classe sociale des femmes (comme elle crée les groupes racisés) : « la marque suit le rapport, elle ne le précède pas » (Guillaumin), une hiérarchisation qui est produite en même temps que la division (Delphy). 

Egalité

« L’égalité entre femmes et hommes est un principe, inscrit dans la constitution depuis 1981. En Suisse, cette inscription est complétée par une Loi, la Loi sur l’égalité en 1996. Ce principe repose sur des valeurs universelles d’égalité de chances et de droit entre toutes et tous. Si ce principe a été inscrit dans la constitution et a fait l’objet d’une loi, c’est qu’un certain nombre de données montraient que l’égalité n’était pas effective. Ces données statistiques, par exemple les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS), analysent la situation des femmes et des hommes en termes d’inégalité, de discrimination ou de ségrégation. Ces constats, faits à partir des outils d’analyse genre, nécessitent des actions concrètes, mises en oeuvre dans le cadre de politiques de promotion. »   

Ducret Véronique, Lamamra Nadia, et Saro Eva. 2005. Pour enseigner le genre dans la formation professionnelle. ISPFP 2005 p. 7

 

Féminisme

C’est avec les mouvements féministes dans les années 70 et leurs revendications qu’a été posée clairement et avec force la question des rapports de pouvoir et la domination sociale et économique des femmes. Ce mouvement a réussi à imposer comme politique tout ce qui était considérée comme privé et « naturellement » attribué aux femmes soit la prise en charge des enfants, l’entretien du foyer et de la famille, les rapports conjugaux ou la prise en charge des parents âgés et malades. Ces mouvements ont posé publiquement les questions propres aux femmes : le droit à l’avortement, la violence, l’inégalité dans les droits, l’accès à l’espace public et politique (Parini 2006; Scott 1988; Wittig 1980). Ce mouvement militant politique s’est doublé d’un mouvement intellectuel, les auteures féministe ont déconstruit les paradigmes en place en y introduisant l’analyse des rapports sociaux de sexe. En France, les travaux de Colette Guillaumin, de Nicole Claude Mathieu, de Christine Delphy ont posé la question de l’exploitation des femmes en tant que groupe social (Delphy 2003; Guillaumin 1978; Mathieu 1984). La différence entre les sexes n’est pas une différence « naturelle » c’est une différence basée sur une hiérarchisation sociale.

Delphy, Christine. 2003. "Par où attaquer le "partage inégal" du "travail ménager"?", Nouvelles Questions Féministes, 22: 47-71.

Mathieu, Nicole-Claude. 1984. "De la conscience dominée des femmes", Les Cahiers du GRIF, 29: 73-75.

Guillaumin, Colette. 1978. 'Pratiques du pouvoir et idée de nature (1). L'appropriation des femmes', Nouvelles Questions Féministes, 2: 5-30.

Gendermainstreaming

Ou l’approche intégrée de la dimension genre consiste à inclure systématiquement une approche genre dans les politiques gouvernementale et dans les projets de développement dans l’objectif d’une l’égalité entre les femmes et les hommes. Les budgets par exemple sont pensés dans une perspective qui prend en compte leur incidence sur les femmes et les hommes.

Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (Belgique)

Genre/gender

Le genre est un concept qui montre que les différences entre les hommes et les femmes ne sont pas « naturelles », au contraire, elles sont construites socialement. Le genre est, dans ce sens, un concept analytique et empirique qui prend en compte « l’organisation sociale de la relation entre les sexes » (Joan Scott, 1988). Cette façon de concevoir les identités féminines et masculines et leurs interactions, renseigne sur les rapports de pouvoir et les diverses formes d’oppressions, de domination et d’inégalités.
Le genre est transversal, en analysant les interactions sociales entre les hommes et les femmes, le genre a cette particularité de toucher à plusieurs champs sociaux : la famille, la socialisation des enfants, les milieux scolaire, la sexualité, le travail, la politique, le rapport aux techniques, le travail social, la médecine, etc. Cette transversalité en fait un concept pertinent pour analyser la complexité des rapports sociaux de sexe à tous les niveaux de la société : au niveau individuel (analyser comment on vit et on agit en tant qu’homme et femme), au niveau social (construction des statuts des femmes et des hommes et les rapports de pouvoir), au niveau sociétal (l’organisation sociale idéologique et normative des identités masculines et féminines)    
Le genre est interdisciplinaire, les études genre à la suite des études féministes travaillent à décloisonner les disciplines et à mettre au centre de l’analyse l’expérience des femmes et le caractère genré des rapports sociaux. Par exemple, le thème du travail des femmes et des carrières professionnelles est un objet de recherche interdisciplinaire par excellence. Les relations au travail dans les différentes disciplines mettent à jour les rapports de pouvoir à l’œuvre dans la société. Dans ce sens, les études genre s’attachent à déconstruire les perceptions qui font apparaître comme « naturels » les rôles, les statuts et les comportements des hommes et des femmes dans les différentes disciplines.
Le genre et le concept de l’intersectionalité affinent l’analyse des conditions de production des inégalités et des dominations. L’intersectionalité désigne l’interaction du genre et de différentes dimensions de l’identité telles que l’origine ethnique, la classe, l’âge, l’orientation sexuelle, le handicap et la religion, et leur influence sur le statut social inégalitaire de la personne.

Parini, Lorena. 2010. "Le concept de genre : constitution d'un champ d'analyse, controverses épistémologiques, linguistiques et politiques". Sociologos. Revue de l'association française de sociologie, Varia Débat 5.

Parini, Lorena. 2006. Le système de genre. Introduction aux concepts et théories. Zurich : Seismo, Questions de genre.

Hétéronormé

Tous comportements ou discours qui défendent et tentent d’imposer la norme hétérosexuelle comme seule sexualité légitime ou comme étant préférable à d’autres formes de sexualité (homosexuelle, bisexuelle, asexuelle, etc.). « Ce terme désigne le système, asymétrique et binaire, de genre, qui tolère deux et seulement deux sexes, où le genre concorde parfaitement avec le sexe (au genre masculin le sexe mâle, au genre féminin le sexe femelle) et où l’hétérosexualité (reproductive) est obligatoire, en tout cas désirable et convenable » (Kraus, 2005, 24).
Kraus Cynthia. 2005. « Note sur la traduction », in Butler Judith, Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion. La Découverte, Paris, pp. 21-24.

Alexandre Dafflon. 2015. « Sexualité juvénile et fabrique du genre en milieu rural en Suisse  », Genre, sexualité & société [En ligne], 14, Automne 2015, mis en ligne le 01 décembre 2015, consulté le 18 avril 2016.

Homophobie/Lesbophobie

Comportement de rejet et discrimination envers les personnes homosexuelles, supposées telles ou à qui sont attribuées les caractéristiques dévalorisées de l’autre sexe. « La distinction entre l’homophobie individuelle visant les personnes et l’hétérosexisme renvoyant à l’inégalité entre les sexualités permet de penser d’autres formes de discriminations (par exemple, misogynie et sexisme). Il est donc pertinent de mettre en perspective l’homophobie avec le sexisme et le racisme, et de la replacer dans des mécanismes d’exclusion transversaux. »

Dayer, Caroline. 2012. Mise en perspective de l’homophobie. En quoi les discriminations sexistes nuisent-elles à la santé ? Bulletin des médecins suisses, Schweizerische Ärztezeitung , Bollettino dei medici svizzeri , 2012;93: 14/15. P. 556

Langage épicène

est une façon de faire entendre les genres dans la communication orale ou écrite ou en tous cas n’en exclure aucun. Deux solutions principales s’offrent aux utilisateurs et utilisatrices : des mots qui incluent : la classe, le collège et la marque du féminin et du masculin : les étudiant·e·s. Il est aussi appelé langage inclusif. Cf la fiche trucs et astuces : utiliser un langage inclusif

Brochure épicène de la HES-SO

Mixité

est la coexistence des deux sexes dans un même espace social, est un processus  une condition de base de l’égalité, implique une forme de parité. Elle peut concerner les rapports entre les sexes ou les différentes catégories sociales.

Zaidman Claude, « La mixité, objet d'étude scientifique ou enjeu politique ? », Cahiers du Genre, 2007/1 n° 42, p. 205-218. DOI : 10.3917/cdge.042.0205

Anderfuhren Marie et Sophie Rodari​ (dir.). 2014. Sans garantie de mixité. Les sinueux chemins de la mixité dans le travail social et la santé. ies éditions.


Patriarcat

Selon Christine Delphy, l’introduction du terme « Patriarcat » et le sens politique qu’il porte revient au mouvement féministe des années 70. Ce terme a été surtout revendiqué et utilisé par les féministes radicales, il décrit au mieux le système social de domination des femmes par les hommes. Une oppression qui fait « système » : « l'oppression des femmes n'est ni un phénomène individuel ni un phénomène naturel, mais un phénomène politique ». Ce n’est pas uniquement parce qu’elles sont biologiquement des femmes que ces dernières sont dominées, mais plutôt parce que dans l’organisation sociale les hommes ont conforté leur domination sur les femmes par des rapports de pouvoir.

Christine Delphy (1981). Nouvelles Questions Féministes, No. 2, Féminisme: quelles politiques? pp. 58-74.

Pédagogie de la mixité

« Une pédagogie de la mixité est le résultat concret, l’application des principes d’égalité, grâce aux politiques incitatives et aux analyses genre. Le but est une pédagogie qui vise un traitement égal et non-discriminatoire des filles et des garçons, et qui offre aux unes et aux autres les mêmes possibilités de choix de formation et de choix professionnels. Pour y parvenir, il faut tout d’abord être sensibilisé-e à la question et se rendre compte que notamment dans la formation professionnelle, comme dans toute relation sociale, le genre intervient. En être conscient-e permet d’éviter des glissements, la reproduction de stéréotypes, de préjugés. Pour cela, et c’est la difficulté, il faut être prêt-e à interroger ses propres pratiques, se demander quels sont les préjugés que nous véhiculons malgré nous. Ce qui est particulièrement difficile, c’est que contrairement à d’autres outils d’analyse, qui peuvent être très extérieurs à nous, le genre met en évidence des éléments qui entrent en résonance avec notre expérience individuelle, intime. Nous sommes toutes et tous concerné-e-s, nous sommes toutes et tous en permanence dans des rapports de genre. C’est pourquoi il y a tant de résistance à y entrer, à se confronter. Se confronter, c’est admettre la possibilité qu’« on ne fait pas juste », ou plutôt déconstruire l’illusion de « moi, je traite tout le monde de la même manière». Etre sensibilisé-e à l’approche genre et pratiquer une pédagogie de la mixité c’est être conscient-e que nous sommes toutes et tous structuré-e-s par les rapports sociaux de sexe, et intégrer cette nouvelle donne à notre pratique. Nous véhiculons des préjugés, nous reproduisons des discriminations, nous renforçons parfois des stéréotypes sans le vouloir. »

Ducret Véronique, Lamamra Nadia, et Saro Eva 2005.Pour enseigner le genre dans la formation professionnelle. ISPFP  p. 8
Plafond de verre

Désigne un ensemble de pratiques sociales et politiques qui freinent et même barrent la progression des femmes vers le sommet des hiérarchies professionnelles et organisationnelles. C’est une expression imagée qui décrit une réalité peu visible à laquelle les femmes se heurtent lors de leur ascension dans leur carrière professionnelle. Elles gravissent plus difficilement l’échelle sociale que leurs collègues masculins, à compétences et diplômes équivalents. Il s’agit d’un phénomène de hiérarchisation sensible même dans les secteurs extrêmement féminisés et publics tel l’enseignement, la santé ou le social. Ce terme renvoie à la ségrégation verticale des métiers et peut être associé à parois de fer ou mur de glu qui renvoient à la ségrégation horizontale: les femmes se lancent dans un plus petit nombre de métiers et peinent à changer de domaine. C’est la sexuation des métiers. « Malgré les incitations politiques en faveur d’une diversification des orientations professionnelles, cette division sexuée de l’orientation professionnelle a très peu évolué en Suisse durant les vingt dernières années et est au coeur de la construction des inégalités de genre, car elle pose les bases de la ségrégation du marché du travail. D’une part on observe une ségrégation horizontale : bon nombre de métiers sont exercés très majoritairement par des hommes, d'autres quasi exclusivement par des femmes. Cette ségrégation contribue au maintien des inégalités salariales entre les sexes : les métiers féminisés sont moins bien rémunérés que les métiers masculinisés (Murphy et Oesch, 2015) ; à niveau de formation égal les femmes touchent donc des salaires inférieurs à ceux des hommes (Guilley et al., 2014). La ségrégation verticale du marché du travail, quant à elle, atteste du fait que les hommes occupent plus souvent des positions de chefs et les femmes de subalternes (Kriesi, Buchmann et Sacchi, 2010). Cette forme de ségrégation résulte des multiples discriminations subtiles liées à l’intériorisation de « schémas de genre » dont sont victimes les femmes (Valian, 1998). » (Gianettoni et al., 2015 : 4)

Gianettoni, Lavinia, C. Carvalho Arruda, J.-A. Gauthier, D. Gross & D. Joye. 2015. Aspirations professionnelles des jeunes en Suisse : rôles sexués et conciliation travail/famille. Social change in Switzerland.

Guilpain, Geneviève lexique commenté « genre et mixité », l’IUFM-UPEC, Académie de Créteil, 2010.

«Femmes et carrières : la question du plafond de verre. », Revue française de gestion 4/2004 (no 151), p. 117-127.

Sexisme

Le sexisme est une catégorisation, donc une émanation de l’esprit et une construction de la réalité. Il est discriminatoire parce qu’il enferme les individu·e·s en leur attribuant des traits de caractères et des comportements spécifiques, ainsi que des capacités intellectuelles, professionnelles ou morales qui construisent et stigmatisent certaines différences. Il cible, notamment, les attitudes et comportements discriminatoires à l’égard des femmes essentiellement et qui mobilisent des préjugés et stéréotypes de genre. Ce comportement disqualifie, déforme et minimalise tout ce qui est associé au féminin et conforte ainsi la supériorité et la domination du masculin.

Socialisation différenciée

ensemble des moyens par lesquels une société prescrit ou encourage auprès des filles et des garçons des comportements systématiquement différenciés de telle sorte qu’ils et elles intériorisent progressivement des rôles sexués distincts et en viennent à considérer qu’ils leur sont naturels.

Dafflon Novelle, Anne (dir.). 2008. Filles garçons Socialisation différenciée ? PUG : Grenoble.

Stéréotypes

« La triade conceptuelle stéréotype-préjugé-discrimination – émanant de la psychologie sociale – permet de préciser la façon dont s’opère le rejet de la personne qui est considérée comme autre. Le stéréotype réfère à une croyance qui devient néfaste lorsqu’elle se fonde sur une généralisation abusive et rigide. Le préjugé correspond à une attitude ou une prédisposition à avoir une conduite négative par rapport à un groupe ou ses membres [7]. Quant à la discrimination, elle renvoie à une action négative envers une personne ou un groupe. Cette triade nous amène à aborder la notion de stigmatisation. »

Dayer, Caroline. 2012. "Mise en perspective de l’homophobie. En quoi les discriminations sexistes nuisent-elles à la santé ?" Bulletin des médecins suisses | Schweizerische Ärztezeitung | Bollettino dei medici svizzeri | 2012;93: 14/15. P. 556

Dayer, Caroline. 2014. Sous les pavés, le genre. Hacker le sexisme. Lille : Editions de l’Aube.

Transgenre

Selon l’association ADHEOS (association d'Aide, de Défense Homosexuelle, pour l'Egalité des Orientations Sexuelles), transgenre est l’ « Expression intime d’une personne qui considère que le genre attribué à sa naissance en fonction de son sexe est une description fausse ou incomplète d’elle-même. On emploie le terme "trans" pour signifier un processus ou un état de changement. Il est utilisé pour parler des personnes dont l’identité de genre est en contradiction avec leur sexe biologique. Il regroupe les personnes transgenre et les personnes transsexuelles. »

http://www.adheos.org/

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