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Dr. Frédéric Favre

Directeur des ressources humaines, Société coopérative Migros Valais

  Frédéric Favre

 « Il faut croire en ses compétences et les démontrer. »

Dans le cadre de son travail de Bachelor, Leonora Kabashi a interrogé diverses personnes aux sujets des femmes dans le monde du travail. Cet entretien est fortement inspiré de son travail. Nous remercions chaleureusement Leonora pour le travail effectué.

 

Quel est le rôle des femmes dans les entreprises d’aujourd’hui ?

Aujourd’hui, il y a de plus en plus de femmes dans les entreprises. Nous retrouvons les femmes avec des responsabilités plus facilement au back office. Certaines femmes sont présentes dans le premier niveau d’encadrement. Il leur est plus difficile de franchir les étapes pour arriver au top management.

Malgré le fait que le nombre de femmes finissant des études de niveau tertiaire augmente, comment peut-on expliquer qu’elles sont si peu nombreuses aux postes à responsabilité de conduite ?

Il y a la notion d’arrêt de carrière pour s’occuper des enfants et aussi des freins psychologiques de la part des entreprises envers les femmes qui sont en âge d’avoir des enfants mais qui n’en ont pas encore. Il y a une forme d’autoprotection des entreprises par rapport à cela. Il existe la peur de nommer une femme à un poste à responsabilité de conduite et ensuite qu’elle parte au bout d’une année de service. Vient ensuite, le fait que les femmes se sous-estiment. Lors d’une recherche scientifique sur la performance adaptative il a été relevé que les femmes se sous-évaluent par rapport aux hommes.

Le terme de work life balance revient de manière récurrente lorsque l’on traite de ce sujet. Pensez-vous que les infrastructures actuelles permettent de concilier vie professionnelle et vie familiale ?

Non, les infrastructures actuelles ne permettent pas de concilier vie professionnelle et privée. Il n’y a pas assez de places dans les crèches, les horaires de l’école ne sont pas adaptés au monde professionnel. Les communes réfléchissent par rapport à ces questions. Par exemple, le télétravail n’a pas encore trouvé sa place et il faut faire attention aux abus. Nous n’avons pas encore mis tous les atouts de notre côté.

Comment peut-on agir sur le plafond de verre ?

En travaillant sur les compétences des femmes et en les mettant de plus en plus dans la hiérarchie. Le plus important est de faire attention à mettre les compétences en avant. Il faut agir sur la base, gérer les femmes et les hommes de la même manière voire mieux gérer les femmes. Malheureusement, il n’y a pas d’exemple de candidates qui se trouvent en haut de la hiérarchie. Dans beaucoup d’entreprise on ne les a pas laissées accéder au middle management pour qu’elles puissent par la suite atteindre les plus hauts niveaux de la hiérarchie.

Quelles sont les mesures les plus fréquentes adoptées par les entreprises pour favoriser l’accession des femmes à des postes à responsabilité ?

Au niveau des politiques RH, il est important de proposer des postes d’encadrement à un taux de 80% aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Leur donner des exemples de femmes qui ont réussi. Travailler avec des femmes mangers, pour savoir comment se vendre et avoir plus confiance en elle. Il faut que les femmes apprennent à jouer des coudes pour monter. Les hommes avec CFC se « vendent » souvent mieux qu’une femme avec un diplôme universitaire, elle en fait moins. Une étude de PwC de 2015 a relevé que ça commencer à changer avec les femmes de la génération Y.

Quel rôle joue la société dans ce contexte, c’est-à-dire pour l’accession des femmes dans les postes à responsabilité ?

La société est remplie de stéréotypes sur lesquels il y a du travail à faire, on peut prendre un exemple dans l’éducation, on dit « t’es une fillette » on ne dit jamais « t’es un garçonnet », déjà de ce point de vue-là, il y a une connotation faible. Il faut impérativement casser cela. Les hommes sont plus fort physiquement qu’une femme, mais les femmes sont plus compétentes dans d’autres domaines, ce qui conduit à une certaine égalité entre les hommes et les femmes. D’ailleurs nous devrions plutôt parler d’équité plutôt que d’égalité à mon sens.

Lorsqu’on souhaite grimper les échelons de la hiérarchie, le réseau professionnel reste un des moyens pour y arriver. Comment peut-on expliquer que les femmes ne prennent pas plus de temps pour cela ?

Oui, les femmes connaissent les principes pour y parvenir mais elles restent le plus souvent entre elles. Les hommes aussi restent entre eux. Pour parvenir à changer les choses, il faut que les femmes s’intègrent dans le groupe d’hommes, c’est quand même eux qui ont le 90% du pouvoir actuellement.

À compétences égales avec les hommes, on dit que les femmes ont moins confiance en elles. D’où peut venir se manque de confiance ?

Le manque de confiance provient principalement de l’éducation. Et dans les entreprises, il y a ce cercle vicieux : si on ne met pas de femmes dans des fonctions à responsabilité, elles ne pourront pas monter plus haut dans la hiérarchie.

Aujourd’hui, on assiste à un changement de comportement des hommes face à leur rôle dans la famille, ils souhaitent être plus présents. Quelles sont les répercussions de ce changement pour le monde professionnel ?

Si les hommes s’orientent vers un taux d’occupation à temps partiel, cela ne peut être que bénéfique, aussi bien aux hommes qu’aux femmes. On peut casser ce stéréotype qui veut que les femmes réduisent leur temps de travail ou arrêtent simplement de travailler pour s’occuper de la famille. Des femmes à compétences élevées peuvent lâcher la cellule familiale et ainsi continuer à travailler. Si on accepte cela pour les hommes, on donne plus de crédibilité aux femmes pour le faire.

Avez-vous des éléments à ajouter ?

Dans ce combat, il ne faut pas lutter de manière féministe ou encore se considérer comme une victime, car il peut y avoir une perte de crédibilité. Il faut croire en ses compétences et les démontrer. Il faut la jouer plus fine et plus maligne pour faire évoluer les mentalités.

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