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Diane Reinhard

Présidente du Conseil d’administration de Board2win SA

 Diane Reinhard

"Les femmes doivent se forcer à déléguer les tâches secondaires pour se focaliser sur les tâches essentielles"

Dans le cadre de son travail de Bachelor, Leonora Kabashi a interrogé diverses personnes aux sujets des femmes dans le monde du travail. Cet entretien est fortement inspiré de son travail. Nous remercions chaleureusement Leonora pour le travail effectué. 

 

Quel est le rôle des femmes dans les entreprises d’aujourd’hui ?

Selon les statistiques les femmes sont moins présentes dans les directions et dans les conseils d’administration. Des études menées sur les entreprises cotées en bourse montrent qu’on retrouve environ entre 9 et 10% de femmes au niveau de la direction des entreprises et 16% dans les conseils d’administrations. Ceci est déplorable considérant que plus de 50% des femmes finissent des études supérieures.

 

Malgré le fait que le nombre de femmes finissant des études de niveau tertiaire augmente, comment peut-on expliquer qu’elles soient si peu nombreuses aux postes à responsabilité?

Les raisons les plus connues sont le facteur de discrimination à l’embauche et la maternité. Concernant la discrimination à l’embauche, on constate que les hommes ont, encore et toujours, tendance à engager d’autres hommes à des postes à responsabilité. Ce fait aggravé par les interruptions de carrière ou les taux partiels entre 50 et 80 % lorsque les femmes ont leur premier ou leur 2ème enfant. Ces taux d’activité sont encore malheureusement considérés comme non compatible avec un poste à responsabilité.  Les structures organisationnelles prévoyant du 100 % dans ces fonctions.

 

Le terme de work life balance revient de manière récurrente lorsque l’on traite de ce sujet. Pensez-vous que les infrastructures actuelles permettent de concilier vie professionnelle et vie familiale ?

Les infrastructures ne sont pas adéquates ou insuffisantes pour permettre de concilier vie professionnelle et familiale. Nous manquons de place de crèches, les délais d’attente sont décourageants et les horaires ne sont pas adaptés aux horaires de postes de direction.

 

Comment peut-on agir sur le plafond de verre ?

Afin d’agir sur le phénomène du plafond de verre, il faut agir au niveau de l’entreprise et au niveau individuel. Les entreprises se disent prêtes à engager plus de femmes, il faut donc qu’elles proposent des solutions d’organisations favorables et plus de flexibilité au niveau des pourcentages de travail aux postes de direction.

Plus que les hommes, les femmes quant à elles doivent se forcer à déléguer des tâches secondaires et se focaliser sur les tâches essentielles. Elles doivent prendre conscience également que la négociation du salaire et des conditions de travail est essentielle pour la reconnaissance de leurs compétences comme équivalentes à celles des hommes, que ce soit à l’embauche ou tout au long de leur carrière. Les femmes sont moins portées sur ces aspects, mais elles doivent absolument inclure cette négociation dans leurs habitudes professionnelles.

 

Quel rôle joue la société dans ce contexte, c’est-à-dire pour l’accession des femmes dans les postes à responsabilité ?

Notre organisation sociétale repose encore culturellement sur le fait que les femmes ont le devoir d’éducation. Les milieux politiques sont encore peu enclins à modifier les structures et à libérer les crédits pour financer les structures d’accueil. Les choses avancent, mais lentement. Tant que la loi n’est pas contraignante en matière d’égalité salariale, ce sera toujours la femme qui réduira son temps de travail, d’où l’importance de la négociation.

 

 Lorsqu’on souhaite grimper les échelons de la hiérarchie, le réseau professionnel reste un des moyens pour y arriver. Comment peut-on expliquer que les femmes ne prennent pas plus de temps pour cela ?

En ce qui concerne la question du réseautage, ce n’est pas que les femmes ne savent pas le faire ou ne connaissent pas les « règles ». Le réseautage est une question de choix. En général, le réseautage se fait entre 17h et 22h, ce temps correspond aussi au moment où les femmes s’occupent de leurs enfants. Plus on est éduqué et plus on a envie de consacrer du temps à l’éducation. En particulier à l’adolescence, la présence des adultes est importante le soir, ceci est donc incompatible avec le réseautage. Tout est une question de choix.

 

À compétences égales avec les hommes, on dit que les femmes ont moins confiance en elles. D’où peut venir ce manque de confiance ?

On est moins face à une question de confiance qu’à une question d’éducation. Un homme est beaucoup plus combatif, il se présentera à un poste même en n’ayant que 30% des qualifications. Il est convaincu qu’il aura le temps de se mettre à niveau. Une femme quant à elle ne se présentera que si elle a au moins sept qualifications sur les dix requises. Elle est plus honnête dans l’auto-évaluation de ses compétences et sait qu’une mise à niveau ne sera pas gérable en parallèle de la vie de famille. Les femmes sont réalistes et moins portées à prétendre avoir des compétences qu’elles n’ont pas, mais je constate que cela change avec la génération actuelle, tant que les femmes n’ont pas d’enfants.

 

Aujourd’hui, on assiste à un changement de comportement des hommes face à leur rôle dans la famille, ils souhaitent être plus présents. Quelles sont les répercussions de ce changement pour le monde professionnel ?

Dans le monde professionnel, je ne constate encore pas beaucoup de changement à ce niveau-là. Il y a certes des entreprises qui réfléchissent à un taux d’occupation de 80%, mais il reste encore des secteurs dans lesquels il est difficile de travailler à un taux réduit, comme par exemple la finance. Il reste difficile pour un homme de vouloir travailler à temps partiel. Il subit le regard inverse des femmes qui travaillent !

 

Avez-vous des éléments à ajouter que je n’aurais pas abordé à travers mon guide d’entretien ?

Concernant l’accession des femmes aux postes à responsabilité, il faut aussi tenir compte que certains secteurs de l’économie permettent un travail à un taux partiel et d’autres beaucoup moins, car ils sont encore très traditionnels, comme p. ex la banque et l’horlogerie

On constate aussi qu’en période de crise économique et durcissement du marché de l’emploi, la situation des femmes est la première à se péjorer.

 

 

 

 

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